The Vae Science Survey

Dans ce troisième épisode (vous trouverez les deux premiers ici et , je vous encourage à les lire si ce n’est déjà fait), nous abordons les réponses aux quatre questions qui font débat dans le grand public, tout en faisant l’objet d’un consensus scientifique large1)Parmi les sources, la Pew scientists survey, pour les rétractations, Retractation Watch, pour l’homéopathie, les sources sont trop nombreuses pour les lister et la science est triviale..

J‘ai systématiquement ajouté à un résumé du consensus une partie sur les limites de ce consensus ; en effet les anti-* ont une tendance à extrapoler des débats qui se produisent sur ces aspects pour nier le consensus. Un débat sur l’opportunité de généraliser un vaccin spécifique peut par exemple être utilisé par les anti-vaxx pour attaquer l’ensemble de la stratégie vaccinale, ou une critique d’un aspect d’un modèle du GIEC être utilisé par les climato-sceptiques pour attaquer l’ensemble des travaux des spécialistes.

La science avance par des débats et un consensus peut toujours être remis en cause par l’apport de données fiables. Dans les quatre cas ci-dessous, le consensus est toutefois si fort qu’il faudrait apporter des données très convaincantes pour le remettre en cause. Les débats sur les points mentionnés dans les parties « Limites » ne remettent toutefois aucunement celui-ci en cause, se contentant de tenter de l’affiner.

NB : n’était pas spécialiste de l’ensemble de ces sujets, il est possible que des évolutions du consensus m’aient échappé. Si vous êtes vous même spécialiste, n’hésitez pas à m’en faire part via twitter ou en commentant.

Bonne lecture,

L’homéopathie a-t-elle une efficacité supérieure à celle d’un placebo ?

  • Oui
  • Non

Le consensus : L’homéopathie n’a pas une efficacité supérieure à celle d’un placebo, pour une bonne raison : c’est un placebo. La dilution est telle qu’il ne reste plus aucune molécule d’origine dans la préparation 2)Sauf foirade magistrale comme ici, où un produit toxique a été mal dilué, tuant plusieurs enfants.. Toute l’efficacité de l’homéopathie est censée reposer sur une supposée mémoire de l’eau, théorie proposé par Jacques Benveniste qui a essayé de rendre scientifique une théorie dépassée du XIXème siècle, récoltant au passage un certain nombre de cartons rouges de la communauté scientifique3)Il a fini par se faire virer de l’INSERM.. Les granules Boiron (ou l’oscillococcinum) sont des pilules de sucre et ont la même efficacité que des pilules de sucre : néant. Vous avez été 83.7% à répondre correctement.

Les limites : Les homéopathes (médecins ou non) mettent l’accent sur la relation avec le patient et un traitement global, y compris sur des aspects psychologiques. C’est quelque chose qui est reconnu par la science comme étant positif pour le rétablissement du malade, par rapport à une approche purement mécanique de la maladie. Un autre aspect intéressant de l’homéopathie : elle peut limiter la surprescription. Face à un patient qui attend un traitement, proposer de l’homéopathie peut éviter la prescription d’antibiotiques par exemple, ou d’opiacés. C’est tout le rôle d’un placebo, et c’est efficace, mais ça n’est qu’un placebo.

Quelle affirmation est la plus correcte concernant le réchauffement climatique ?

  • Il n’existe pas
  • Il existe mais n’est pas d’origine humaine
  • Il existe et est majoritairement d’origine humaine

Le consensus : Il existe un consensus clair sur le fait que le réchauffement climatique existe, et qu’il est majoritairement causé par des gaz à effet de serre d’origine humaine. Le mécanisme est purement thermodynamique, bien connu depuis le XIXème siècle. Pour résumer :

  • Il peut être montré en laboratoire que certains gaz provoquent un effet de serre (principalement CO2, méthane et vapeur d’eau).
  • La concentration de ces gaz dans l’atmosphère est en augmentation, laquelle est due à l’activité humaine.
  • La température augmente, et cette augmentation est corrélée avec la concentration des gaz à effet de serre.

La corrélation est prouvée, le mécanisme par lequel l’un (les gaz à effet de serre) influence l’autre (la température terrestre) est connu : le plus faible rayonnement thermique vers l’espace. Ce point ne fait plus débat, d’autres mécanismes impactent le climat, mais ils sont ici secondaires. Vous avez été 80.8% seulement à répondre correctement à cette question.

Les limites : La question de l’augmentation de la température moyenne et de ses causes fait l’objet d’un très large consensus et est bien comprise, en appliquant de la thermodynamique de base. En revanche certains aspects sont plus complexes : le premier est celui des rétroactions, positives ou négatives, qui peuvent influencer le réchauffement. Une rétroaction positive tend à amplifier le phénomène : la fonte du pergélisol due au réchauffement, en libérant du méthane, à effet de serre, va aggraver le réchauffement. A l’inverse, une plus grande couverture nuageuse pourrait ralentir celui-ci. L’interaction entre différents facteurs est plus difficile à estimer, et le biais de publication peut ici avoir une influence, dans un domaine de recherche très largement influencé par le militantisme. Les modèles réutilisent souvent les mêmes suppositions et ont été, sur les 30 dernières années, plutôt pessimistes, étant battus en terme de précision par une régression simple sur la quantité de CO2 dans l’atmosphère.

Les conséquences locales, ensuite, sont encore plus difficile à estimer, sur la base de modèles dont la calibration est extrêmement complexe et sujette à des jugements de valeur. Enfin, les climatologues eux-mêmes sont extrêmement sceptiques vis-à-vis des affirmations selon lesquelles le réchauffement global est responsable de telle ou telle tempête, expliquant qu’une telle conclusion ne peut, à la rigueur, se justifier que pour des moyennes sur un temps long, et qu’il est impossible de juger sur un événement individuel. Les journalistes ou les militants ne sont pas toujours aussi prudents, et il est tout à fait rationnel d’être dubitatif face à ce genre d’affirmations.

La transgénèse présente un risque pour la santé humaine dans le cadre de la consommation d’aliments OGM.

  • Oui
  • Non

Le consensus : Les techniques de transgenèse ne présentent pas de danger particulier, elles sont même bien plus précises que les techniques utilisées au préalable, qui impliquaient l’utilisation de radiations ou de toxiques mutagènes pour obtenir des mutations aléatoires, ou des hybridations impossibles naturellement (y compris d’ailleurs pour des produits qui sont acceptés en culture biologique, comme le blé Renan, un blé à haut rendement hybridé de façon artificielle avec une graminée sauvage résistante à certains champignons, via une espèce porteuse et grâce à des produits mutagènes.) La transgenèse permet de choisir plus précisément les gènes qui sont transférés, permettant des applications plus complexes, telles que la production d’insuline humaine par des bactéries, ou un riz enrichi en bêta carotène. Si vous pensez que c’est secondaire, détrompez-vous. La carence en vitamine A est la cause de cécité majeure dans le monde et tue 1 à 2 millions de personnes chaque année dans les pays pauvres, faisant au passage 500 000 aveugles. Pour vous donner une idée, le réchauffement climatique risque de tuer, dans les hypothèses les plus pessimistes, 500 000 personnes par an, dans trente ans, selon une étude publiée dans le Lancet. C’est la raison pour laquelle Greenpeace s’est fait vertement critiquer pour son opposition aux OGM par plus d’une centaine de prix Nobel l’année dernière. Vous avez été 70.9% seulement à répondre correctement à cette question.

Les limites : Quelque soit la manière dont elle est obtenue, une nouvelle variété doit faire l’objet de tests qui ont un objectif agronomique (pour faire simple : vérifier que les propriétés de la nouvelle variété sont suffisamment stables pour que ses qualités soient prévisibles) mais aussi sanitaire (vérifier que l’hybridation n’a pas introduit un gène indésirable). C’est d’ailleurs quelque chose qui déplaît fortement à certains écologistes, qui se plaignent de la difficulté à cultiver et vendre certaines variétés anciennes.

Un certain nombre d’aliments courants sont d’ailleurs connus pour être toxiques dans certaines conditions, comme le sorgo (présence de durrhine, qui se décompose en cyanure, durant la phase de croissance de la plante et dans ses parties vertes à maturité), le manioc (linamarine se décomposant aussi en cyanure), la pomme de terre (présence de solanine dans les pommes de terre vertes), le seigle (très sensible à des moisissures extrêmement toxiques. L’une d’elle provoque l’ergotisme, une maladie connue jadis sous le nom de « feu de Saint Antoine » et provoquant des crises digestives, la démence, la gangrène et possiblement la mort). Le blé et la plupart des autres céréales sont aussi sensibles, dans de mauvaises conditions de conservation, à Aspergillus Flavus, qui a le douteux honneur de produire naturellement les substances les plus cancérigènes connues de l’homme, les aflatoxines.

Il est bien sûr tout à fait possible de produire des OGMs qui soient toxiques, soit à dessein (pour produire de médicaments par exemple), soit de manière accidentelle, comme cela est possible par l’hybridation, et il est parfaitement nécessaire de tester les souches obtenues pour s’assurer de leur innocuité, tout comme pour les variétés naturelles, mais c’est une précaution générale à prendre avec toutes les espèces cultivées.

Le vaccin contre la polio présente-t-il des risques supérieurs à ses avantages ?

  • Oui
  • Non

Le consensus : La plupart des vaccins, utilisés dans le cadre des recommandations ont un bénéfice pour la santé (individuelle mais aussi collective) qui dépasse de loin leurs effets secondaires. L’exemple choisi est particulièrement frappant : la poliomyélite est une maladie non seulement fréquemment mortelle mais aussi très invalidante pour les survivants4)Warning : la page wikipedia montre des photos assez graphiques de séquelles.. Le graphique ci-dessous parle de lui même5)Je m’excuse par avance pour sa qualité déplorable, il a l’avantage de provenir du CDC qui est la référence sur le sujet. Le combat pro/anti-vaccins aux Etats-Unis a donné lieu à une prolifération de sources plus ou moins médiocres, basées sur des mesures différentes etc. et je n’ai pas le temps de toutes les trier..

La chute en 1955 correspond à l’introduction du vaccin de Salk sur le marché américain, et l’effet est foudroyant, avec une disparition totale de la maladie des Etats-Unis en 1979. Elle est quasiment éradiquée dans le monde avec seulement 42 cas en 20166)source : http://polioeradication.org/polio-today/polio-now/, dont la majorité au Pakistan, où pour des raisons culturelles et à cause de rumeurs locales la vaccination est mal perçue7)Pour la petite histoire, le gouvernement pakistanais et l’ONU font de régulières campagnes de vaccination au Pakistan pour parvenir à éradiquer la polio définitivement et la CIA a utilisé une de ces campagnes pour confirmer l’identité d’un messager d’Osama bin Laden et confirmer la présence de celui-ci dans son compound d’Abbottabab, en récupérant des traces ADN recueillies lors du vaccin, grâce à un médecin corrompu. Les autorités de santé étaient furieuses, car cela risque de rendre leur travail de persuasion encore plus complexe.. Vous avez été 86.9% à répondre correctement à cette question.

Les limites : Comme tous les médicaments, les vaccins peuvent avoir des effets secondaires, et ils ont dans tous les cas un coût, même si celui ci est modeste dans le cas du vaccin contre la polio (moins d’un dollar par dose). Suivant la maladie (et sa contagiosité ainsi que sa gravité) et le vaccin (et son efficacité), plusieurs stratégies sont possible, de la vaccination préventive de l’intégralité de la population (polio) à la vaccination post-exposition (cas de la rage) en passant par la ring vaccination (lorsqu’une personne est malade on vaccine son entourage et, souvent, l’entourage de son entourage. C’est l’approche utilisée lors des tests du candidat-vaccin contre Ebola).

Il y a pour certains vaccins débat sur l’opportunité d’utiliser l’une ou l’autre de ces approches, voire de vacciner lorsque la maladie est rare ou que la vaccination pourrait nuire aux autres efforts de prévention, les personnes se croyant protégées à 100%8)L’exemple typique de cet effet est le casque de vélo. Pour un accident donné la personne est bien mieux protégée, mais se sent invulnérable et prend plus de risques. Le débat sur le vaccin contre le papillomavirus est de cette catégorie..

La Herd ImmunityLe terme herd immunity ou immunité grégaire est utilisé dans des sens variés et fait l’objet de nombreux fantasmes, ce qui ne simplifie pas le débat. Je l’utilise ici au sens strict de la modélisation mathématique de la propagation des maladies. Un modèle simple considère une population homogène et $R_0$9)Qui est toujours supérieur ou égal à 1, sans quoi la maladie disparait immédiatement. Voir la suite., le nombre de personnes contaminées par chaque malade en moyenne, lorsque personne n’est immunisé, et $S$, la proportion de la population qui est susceptible d’être infectée. Si $R_0 \times S<1$, l’épidémie disparaîtra d’elle-même, les malades ne contaminant pas assez de monde pour les « remplacer » lorsqu’ils guérissent ou meurent.

A travers l’immunité et les décès, et en l’absence d’autres mesures 10)Ici nous ne rentrerons pas dans les subtilités liées aux mutations, qu’il faut prendre en compte dans le monde réel., après une phase de croissance de la maladie, S se stabilisera à la valeur $S=1/R_0$, où chaque malade contamine exactement une personne, ce qu’on appelle le régime endémique stable. Pour diminuer le nombre de malades, deux stratégies sont possibles : diminuer $R$ en pratiquant des mesures d’hygiène et d’isolation11)Ou, dans le cas des animaux, en abattant l’animal. d’une part et diminuer artificiellement $S$ par la vaccination12)Ou, toujours dans le cas des animaux, en abattant le reste du troupeau. de l’autre.

Mais la réalité est légèrement plus complexe que ce modèle, en particulier parce que la population n’est pas homogène : il existe des « poches »13)On utilise généralement le terme de « réseau ». plus ou moins isolées entre elles, dont certaines peuvent être indemnes d’une maladie, alors qu’elle est toujours présente dans d’autres, avec des contacts plus ou moins sporadiques, ce qui rend nécessaire de conserver une couverture vaccinale dans les zones indemnes, afin de prévenir une explosion des contaminations en cas de contact accidentel (par exemple un voyageur revenant d’une zone contaminée). L’animation ci-dessous présente différentes hypothèses dans le cas d’une maladie relativement contagieuse (dans ce cas là il pourrait s’agir de la diphtérie par exemple).

Pour faire court : la vaccination protège non seulement la personne immunisée, mais aussi les personnes pour qui le vaccin est inefficace et/ou contre-indiqué, simplement en évitant à une personne de leur entourage de tomber malade et de leur transmettre la maladie.

Quelques erreurs communes :

  • La dose d’aluminium présente dans les vaccins est minime et de l’ordre d’une semaine d’absorption d’aluminium par l’alimentation (si cela vous inquiète j’ai une mauvaise nouvelle : évitez le chocolat).
  • Les vaccins ne causent pas de troubles autistiques. Cela a été vérifié maintes et maintes fois, et il a été révélé in fine que le chercheur qui avait prétendu découvrir cette relation, Andrew Wakefield, avait truqué ses données après avoir été payé par un avocat qui souhaitait organiser un procès contre le laboratoire pharmaceutique. Il avait donc sélectionné un sous-échantillon ridicule (12 patients) pour montrer un lien qui n’existait pas, et tous ses articles ont été rétractés. Wakefield s’est par ailleurs fait radier de l’ordre des médecins britanniques après que l’enquête ait révélé qu’il avait l’intention de monter une entreprise de faux diagnostics dans le cadre de procédures de malades contre les laboratoires fabriquant les vaccins.
  • Certains vaccins à virus atténué contiennent effectivement du mercure, sous la forme de Thiomersal, un conservateur, en quantité limitée au minimum (environ 1 microgramme pour les vaccins destinés aux enfants, soit l’équivalent d’1% du mercure contenu dans une boite de thon en conserve lambda). L’avantage principal du Thiomersal est qu’il évite les contaminations bactériennes (principalement problématiques dans les flacons multi-doses) sans diminuer l’effet du vaccin (dans le cas d’un virus atténué, on ne peut pas se contenter de tuer tous les micro-organismes).

References   [ + ]

1. Parmi les sources, la Pew scientists survey, pour les rétractations, Retractation Watch, pour l’homéopathie, les sources sont trop nombreuses pour les lister et la science est triviale.
2. Sauf foirade magistrale comme ici, où un produit toxique a été mal dilué, tuant plusieurs enfants.
3. Il a fini par se faire virer de l’INSERM.
4. Warning : la page wikipedia montre des photos assez graphiques de séquelles.
5. Je m’excuse par avance pour sa qualité déplorable, il a l’avantage de provenir du CDC qui est la référence sur le sujet. Le combat pro/anti-vaccins aux Etats-Unis a donné lieu à une prolifération de sources plus ou moins médiocres, basées sur des mesures différentes etc. et je n’ai pas le temps de toutes les trier.
6. source : http://polioeradication.org/polio-today/polio-now/
7. Pour la petite histoire, le gouvernement pakistanais et l’ONU font de régulières campagnes de vaccination au Pakistan pour parvenir à éradiquer la polio définitivement et la CIA a utilisé une de ces campagnes pour confirmer l’identité d’un messager d’Osama bin Laden et confirmer la présence de celui-ci dans son compound d’Abbottabab, en récupérant des traces ADN recueillies lors du vaccin, grâce à un médecin corrompu. Les autorités de santé étaient furieuses, car cela risque de rendre leur travail de persuasion encore plus complexe.
8. L’exemple typique de cet effet est le casque de vélo. Pour un accident donné la personne est bien mieux protégée, mais se sent invulnérable et prend plus de risques. Le débat sur le vaccin contre le papillomavirus est de cette catégorie.
9. Qui est toujours supérieur ou égal à 1, sans quoi la maladie disparait immédiatement. Voir la suite.
10. Ici nous ne rentrerons pas dans les subtilités liées aux mutations, qu’il faut prendre en compte dans le monde réel.
11. Ou, dans le cas des animaux, en abattant l’animal.
12. Ou, toujours dans le cas des animaux, en abattant le reste du troupeau.
13. On utilise généralement le terme de « réseau ».