Si vous ne l’avez pas déjà fait, répondez à cette question avant de poursuivre.

La théorie qu’on vous demande de vérifier c’est : « si une carte a un D sur une face, alors elle porte un 5 sur l’autre face. »

Si vous retournez seulement D, et vous êtes 183 (37.1% des 493 qui ont participé) à l’avoir fait au moment où j’écris ça, deux résultats sont possible : s’il n’y a pas de 5 de l’autre côté, l’affaire et entendu et vous avez réfuté la théorie. Mais s’il y a bien un 5, vous n’avez rien prouvé du tout : après tout, une autre carte peut tout aussi bien porter un autre numéro et avoir un D à son dos.

Partant de là, vous êtes 68 (13.8%) à avoir aussi retourné la carte 5 pour vérifier. Sauf que ça ne sert à rien, même si elle a bien un D de l’autre côté, vous n’êtes pas plus avancé : on vous demande de vérifier que « si une carte a un D sur une face, alors elle porte un 5 sur l’autre face » mais personne, à aucun moment, ne vous a demandé de vérifier la réciproque (« si une carte porte un 5 sur une face, alors elle porte un D sur l’autre. ») Or, si ça se trouve, il y a un D au verso de la carte 7 et votre théorie est réfutée.

Il fallait donc retourner les cartes D et 7 : vous êtes 129 à l’avoir compris (26.2%). Si la carte D a bien un 5 au verso, vous corroborez votre théorie et si la carte 7 n’a pas de D au verso, alors vous pouvez considérer que votre théorie est juste. Peu importe ce qu’il y a derrière la carte 5 : même si c’est un F, ça ne vous dit rien sur la validité de votre théorie.

On appelle ça la tache de Wason.

C’est un petit exercice qui met en lumière deux de nos biais : le biais d’appariement qui fait que nous avons tendance à nous focaliser sur les termes de l’énoncé (D et 5) et surtout le biais de vérification qui fait que nous avons tendance à chercher ce qui confirme nos théories sans prêter d’attention à ce qui pourrait les réfuter.

Le bon raisonnement, pour faire court, consistait à ce demander (a) comment corroborer la théorie (en retournant D) et à se demander aussi (b) comment vérifier qu’il n’y a pas de contre-exemple (en retournant 7). Si vous y pensez honnêtement, vous verrez qu’on fait ça tout le temps : ça touche le domaine de la recherche, bien sûr, mais aussi la façon dont nous cherchons à étayer nos intuitions de tous les jours.

Pour la petite histoire, on a aussi 113 réponses (22.9%) plus ou moins farfelues ou, du moins, étranges qui vont de K seulement (vous êtes 8 à avoir fait ça, pourquoi ?) à toutes les cartes (vous êtes 21) en passant par les deux qui n’ont retourné que 5 et K. Mais globalement, vous avez été très bons : on a clairement un biais de sélection très fort sur Second Glance.