Danger, Risque, deux mots qui peuvent paraître synonymes et sont d’ailleurs présentés comme tels dans certains dictionnaires mais qui ne le sont pas, du moins lorsqu’on s’intéresse à l’évaluation des risques. Commençons donc par deux définitions formelles :

Danger : source potentielle de dommage.

Risque : combinaison de la probabilité d’occurrence d’un dommage et de la gravité de ce dommage.

Le risque dépend donc de la gravité du dommage : saluer un collègue enrhumé est moins risqué que si celui-ci était atteint d’Ebola, alors même que les deux sont très contagieux1)Le rhume l’est d’ailleurs encore plus.. Il dépend aussi de la probabilité de ce dommage : votre risque est moins grand à traverser la rue2)Même à Hanoï. qu’à faire du base jump, même si vous risquez de mourir dans les deux cas.

C’est un élément important dans certains débats, en particulier sur la santé publique3)Dont un qui fait rage en ce moment, mais nous allons utiliser un exemple plus simple. où la confusion entre les deux est souvent entretenue par un camp ou l’autre. Vous noterez d’ailleurs que les agences parlent toujours de produit présentant un risque pour la santé humaine, jamais de produit dangereux, la confusion entre les deux est un très bon moyen de détecter une personne qui ne sait pas de quoi elle parle.

Prenons donc l’exemple de de l’eau, si vous le voulez bien. L’eau est incontestablement un liquide qui présente un danger : on peut s’y noyer, mais aussi mourir en cas de réhydratation trop rapide, ou lorsqu’elle a pénétré dans les poumons et cause un œdème, ce qu’on appelle une noyade sèche. Présente-t-elle un risque ? Cela devient plus compliqué et dépend des situations, faisons un rapide tour d’horizon de quelques exemples.

Un verre d’eau présente-t-il un risque ? A priori non, dirions nous, en tout cas pour un adulte ou un enfant. En revanche un nourrisson pourrait facilement faire une fausse route et s’étouffer. Dans ce cas l’emploi d’un biberon s’impose. Les débits sont même normalisés en fonction de l’âge pour une gestion plus fine de ce risque.

Une piscine emplie d’eau ? Ici, l’enfant qui pouvait boire un verre d’eau risquera de s’y noyer, il est utile de le surveiller, ce qui limite le risque. L’adulte pourrait aussi faire une syncope et se noyer, mais le risque est généralement considéré comme acceptable et beaucoup n’hésiteront pas à se baigner seul.

En revanche peu d’adultes oseront faire de la plongée sous-marine sans formation, et ils ont raison4)La formation est vitale, dure 3-4 jours pour la formation de base, ce qui n’est pas énorme.. Le niveau de risque augmente, et une formation adaptée et des équipement de sécurité adéquats permettent de les limiter. Ces plongeurs acceptent un niveau de risque légèrement plus important, pour la joie de nager avec les tortues.

Ces exemples simples nous permettent d’aborder plusieurs aspects du risque, qui sont complémentaires :

  • Le risque dépend de la population : tous les individus ne sont pas égaux devant un même danger. Quelque chose présentant un risque pour un nourrisson, comme un verre d’eau, est bénin pour l’adulte. C’est ce que nous montre le premier exemple, mais aussi les recommandations d’utilisation de certains médicaments, déconseillés aux enfants et aux femmes enceintes5)Souvent parce qu’il aurait été trop coûteux de faire des tests spécifiques..
  • Le second exemple nous montre que le risque peut dépendre de la quantité, mais aussi que certaines précautions permettent de limiter efficacement le risque à un niveau acceptable, qui n’est cependant pas nul6)Et qui ne peut pas l’être, puisque nous parlons du risque d’activités très banales comme boire un verre d’eau ou se baigner, qui tuent tous les ans..
  • Enfin, la formation et l’équipement, dans le dernier cas, sont des moyens additionnels de limiter le risque, mais celui-ci doit aussi être mesuré en fonction du bénéfice. Ici un simple plaisir personnel, mais on acceptera aussi beaucoup plus facilement la toxicité d’un médicament contre le cancer que contre le rhume, les avantages potentiels du premier étant bien supérieurs.

Lorsqu’on parle du danger, on n’a encore rien dit, ce n’est que la phase initiale de l’analyse de risque, qui comprend bien plus de facteurs. C’est le sens d’ailleurs, dans le débat actuel sur le glyphosate, de la divergence entre l’IARC et les 11 agences ainsi que l’OMS : l’IARC se concentre sur le danger potentiel, les agences sur le risque. L’IARC dit qu’on peut se noyer dans l’eau, l’OMS conclut : oui, mais pas dans un dé à coudre.

Tout cela ne signifie pas qu’il faut cesser d’étudier ces substances, il est toujours possible de découvrir de nouveaux modes d’actions ou de nouvelles données conduisant à une réévaluation du risque, le rapport bénéfice-risque évolue lorsque des alternatives deviennent disponible et ce qui constitue un risque acceptable évolue avec le temps. En revanche, se contenter de pointer l’existence d’un danger est une aberration, qui omet la majeure partie de l’analyse nécessaire.

Un canular fameux dans les milieux scientifiques se moque d’ailleurs de cette tendance en soulignant les dangers du monoxyde de dihydrogène, en mettant en évidence une série de faits pouvant paraître inquiétants, sans analyser le risque. Le monoxyde de dihydrogène est bien entendu un nom alternatif pour l’eau, qui comme nous l’avons vu, présente un danger mais pas nécessairement un risque : je vous invite à le découvrir ici.

 

References   [ + ]

1. Le rhume l’est d’ailleurs encore plus.
2. Même à Hanoï.
3. Dont un qui fait rage en ce moment, mais nous allons utiliser un exemple plus simple.
4. La formation est vitale, dure 3-4 jours pour la formation de base, ce qui n’est pas énorme.
5. Souvent parce qu’il aurait été trop coûteux de faire des tests spécifiques.
6. Et qui ne peut pas l’être, puisque nous parlons du risque d’activités très banales comme boire un verre d’eau ou se baigner, qui tuent tous les ans.